Renforcement de la presse et de la démocratie au Bénin, les trois propositions de l’ONG COCORICO

La question a fait l’objet d’échanges, le vendredi 30 septembre 2016, entre les acteurs de la presse béninoise à la maison des médias sur “Café Médias Plus”. Un espace de l’expression libre et de langage de vérité. Pour les responsables de l’Ong ‘’Cocorico’’, l’Etat béninois n’est plus obligé de relancer les contrats.

Et donc, pour une presse véritablement libre et non téléguidé, Jérôme Kassa , Président de l’ONG et Honoré Nahum, le chargé de programmes font des propositions.

Le pouvoir du nouveau départ donne l’impression de mépriser la presse. La manière avec laquelle lesdits contrats ont été supprimés sans concertation et mesures alternatives préalables est déplorée par l’ensemble des journalistes. C’est donc important de passer à un fonctionnement autonome de la presse, et quitté absolument l’emprise de l’état. « Il faut maintenant se battre pour que plus jamais l’Etat ne signe de contrats avec la presse privée. » A déclaré Jérôme Kassa appuyé par Honoré Nahum qui fait savoir que « Depuis que ces contrats sont supprimés j’ai du plaisir à lire les journaux » Ils indiquent alors les modèles adéquates pour une presse non téléguidée.

Le premier modèle proposé repose sur la publicité avec les entreprises publiques ou privées, et non les ministères. Il faudra donc dénoncer les pressions fiscales de l’état sur les entreprises privées, afin de leur faciliter la communication. Et si l’Etat devrait aider, le second modèle proposé devrait être un appui de l’Etat à travers un fonds de développement des médias privés logé à la Direction des Médias . Un conseil d’administration constituée des représentants de la Haac, et autres acteurs des médias pourrait être mis en place pour l’étude des dossiers. Et pour bénéficier de cet appui, ces médias devront répondre à certains critères tels l’existence légale, la déclaration du personnel, la régularité, la qualité du travail, le respect de la déontologie et autres. Le troisième modèle est le Téléthon. Les médias privés peuvent créer des communautés et organiser périodiquement des téléthons afin d’inciter les membres de ces communautés à s’approprier l’entreprise de presse. Et sans surprise, dans le rang des anciens bénéficiaires desdits contrats, difficile de digérer ces réformes pourtant jugées réalistes, proposées par l’Ong Cocorico.

Extrait de la communication présentée par le Jérôme Kassa , Président de l’ONG et Honoré Nahum, le chargé de programmes

L’ONG COCORICO est créée le 23 Février 2014

Notre slogan : L’éveil pour un engagement citoyen

Elle s’investit entre autres dans :

– L’éveil de l’engagement citoyen ;

– Lutte pour une presse libre et indépendante ;

– La promotion de la bonne gouvernance ;

– La lutte contre la pauvreté ;

– La lutte pour la sauvegarde des droits de l’enfant ;

– La participation aux œuvres sociales et humanitaires……

Notre démarche du jour s’inscrit dans le sens des 3 premiers points de notre champ d’opération: l’éveil de l’engagement citoyen et la promotion de la bonne gouvernance

– Ainsi il nous plaît de marquer notre positon sur le débat qui se mène ces derniers temps sur les relations médias privés – Etat ; le débat va se faire autour du thème :

« Le nouveau départ de la presse béninoise : l’approche de l’ONG Cocorico : l’éveil pour un engagement citoyen »

Tenez-vous tranquille, le débat n’est pas mené par des personnes étrangères à la corporation.

Le tollé est strident dans la cité, en mouvement solo ou en association. Les responsables d’organes, dans un effectif impressionnant, passent littéralement au vitriol le pouvoir de la rupture ; celui-là même qui a choisi de mettre un point-virgule au partenariat organes de Presse privés – Gouvernement

L’existant, certainement, ne lui parait pas porteur de bonheur; il se donne certainement le temps de comprendre comment cela se passe, pour décider : continuer, arrêter ou modifier. Difficile de reprocher cela à un pouvoir qui vient de s’installer

Oui, mais, pas de cette façon reprochent au pouvoir talon, presque en chœur, les promoteurs des organes privés ; Péché numéro 1, la Rupture de contrat ; une rupture abusive ; c’est si subit, inélégant, discourtois, il faut en convenir. L’Etat est une continuité, et qui doit, paie. Le gouvernement talon doit s’y conformer ici aussi, comme c’est le cas vis- à vis de bien des partenaires; là-dessus, on doit soutenir les confrères avec force

Continuer le partenariat?

L’actuel gouvernement n’est pas obligé ; le partenariat n’est pas un acte constitutionnel qui impose au gouvernement ou aux entreprises de presse de s’y mettre ; avons –nous obtenu ces contrats par mérite ; sur quelle base, si ce ne sont les affinités. Est-ce une raison pour ériger la pratique en système ; c’est avant tout une affaire de volonté et de liberté ; pas d’obligation. A exiger du gouvernement le maintien, voire la perpétuation de l’existant, est-on sûr de mener le bon combat ? Le sens de la lutte n’est pas là

Mais le contrat peut se nouer avec d’autres partenaires. Le journal qui est crédible verra frapper à sa porte.

A regarder de près, – le pouvoir de la rupture a-t-il besoin des contrats – si c’est le cas, ne seriez-vous pas le 1er à vous en désoler ? Du fait de vous voir imposer la normo médiatisation ? Et ce n’est pas vous qui fixez la norme, vous la subissez. Le contrat ne musèle t-il pas, quand on sait que qui détient la bourse, détient le pouvoir. Il y a des organes privés aujourd’hui qui sont hermétiques à des voix dissonantes au nom des contrats ; si rejette de l’argent, c’est que j’en gagne ailleurs ! A quelle condition

Or, tout organe est au service de la communauté ; pas d’un système ; vous avez l’argent prêt à payer la facture et on vous dit non

Le gouvernement paie la dette ; et après ?

Ok, on se fait payer ; Diversifions nos partenaires; sinon danger à nos portes

La preuve, tout le monde ne court pas vers les contrats tant exigés; il y en a qui tiennent bon parce qu’ils ont un nom-tenez bon – quand on est bon, on laisse venir à soi et on fixe son prix – en ce moment vous facturez fort au lieu des 20.000F qu’on vous jetait. Aujourd’hui, les politiques qui vous sollicitent disent que vous leur revenez plus cher ; avec les contrats, 20.000 ou 30.000 faisaient l’affaire ; parce que nous avions l’argent de la complaisance et de la compromission ; le contrat stipule : vous prenez la défense systématique du gouvernement;aujourd’hui, 100.000f sont exigés pour le même service ; c’est plus heureux ; le contrat étatique ou gouvernemental ne vous fait pas des entrepreneurs exigeants; vous n’étiez pas exigeant, aujourd’hui, c’est différent

Que propose l’ONG COCORICO pour un nouvel ordre dans le partenariat Etat – organes de presse privés ? Benjamin Honoré Nahum, Chargé de Programme de l’ONG Cocorico.

Contexte

Sébastien AGBOTA, Euloge AÏDASSO, Alastaire Sèna ALINSATO ont écrit : « Quelle est cette démocratie qu’on espère construire avec une presse qui, au lieu d’informer, intoxique, car, mue par des considérations mercantiles ? Quelle est cette démocratie qui espère se consolider avec une presse sans grande vision, une presse d’improvisation, une presse qui ne s’élève pas au-dessus des intérêts immédiats et veut atteindre ses objectifs, à court, voire à très court terme ? Une presse qui ne se bat pas pour avoir véritablement une autonomie vis-à-vis des forces politiques et des pouvoirs d’argent ? Quelle est cette démocratie qui peut se construire avec une presse animée par des hommes et femmes sans références professionnelles et morales ? » Cet extrait est contenu dans un rapport du Conseil d’Analyse Economique sur le marché de la presse au Bénin. Edition 2010. p.67.

Ce tableau fait ressortir une seule notion : le financement des organes de presse au Bénin. Nous ne sommes pas dans la logique de disperser nos énergies. Le Nouveau Départ que nous proposons est sur le plan financier. Au sein de l’ONG Cocorico, nous avons saisi l’opportunité de rupture des contrats pour mener une réflexion profonde. Il se dégage que les contrats avec l’administration n’ont fait qu’étouffer les médias. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour une relance des contrats. L’ONG Cocorico s’y oppose et propose la voie à suivre aujourd’hui. Relancez les cellules de communication au sein des ministères et par ricochet les contrats serait la porte ouverte sur les dérives du passé. Un chef cellule de communication nommé dans un ministère, c’est la naissance d’au moins un journal. Sans oublier celui de son attaché de presse. Ils vont plus loin en créant en catimini des agences de communication pour orienter la grosse part des ressources. Tous ceux qui demandent la relance aujourd’hui, ne recevront que les miettes. La pratique est connue de tous et les dérives ne sont plus à démontrer.

Pour redorer les blasons de cette corporation, nous devrions tous nous mobiliser pour dire « non » à la reprise des contrats avec l’administration publique. Au regard de la mission des organes de presse, le contrat avec l’Etat est à proscrire. Le seul contrat autorisé porte sur les cessions du journal papier. La preuve, les abonnements sont maintenus.

Débat sur la rétention d’information

Avant de parler des sources de financement possibles, l’ONG Cocorico tient à faire une mise au point. Le débat sur la rétention d’information par le pouvoir serait à la base de la rupture de contrat. L’ONG Cocorico vous rassure du contraire. Avant, l’information tronquée est livrée à 23 heures sur un plateau dosé. Aujourd’hui, il est de notre devoir d’expérimenter la nouvelle loi sur la communication au Bénin. La loi dit que l’accès aux sources est libre. Nous devrions l’expérimenter. L’information apportée par un CCom pour la publication comporte toujours des virus pour le peuple. Nous le savons, mais l’espèce sonnante et trébuchante vient nous bander les yeux, nous boucher les oreilles et nous pincer les lèvres. Pour les journalistes que nous sommes, c’est une honte. Au sein de l’ONG Cocorico, l’éveil pour un engagement citoyen, nous sommes conscient que notre plume réclame un vent de liberté pour sécher sainement l’encre et nos lèvres réclament une liberté de ton. Nous ne pouvons y arriver en abandonnant notre cordon ombilical entre les mains des ministres et leurs sbires. La santé financière d’un organe de presse ne peut dépendre de l’humeur dans un ministère.

Financement des médias

De ce qui précède, l’ONG Cocorico propose trois modèles que nous jugeons sains pour la corporation.

A- Publicité (Contrat avec les entreprises)

C’est le modèle idéal mais qui tient compte des performances économiques du pays. La mise en place d’une régie publicitaire viendrait réorganiser l’attribution des offres de publicités. Il revient à la presse de dénoncer par exemple, les pressions fiscales qui constituent un frein pour la communication externe de certaines sociétés privées. Nous sommes conscients que le tissu économique actuel ne peut porter entièrement les médias béninois.

B- Appui de l’Etat (Fonds pour le Développement des médias privés)

L’appui de l’Etat à la presse privée doit changer de connotation. Nous devrions fermer la baraque de l’aide pour ouvrir les portes d’un fonds. Nous entendons quelqu’un réclamer 2 milliards. Compte tenu de l’appui que les médias apportent à l’Etat, ce montant est raisonnable. « Le système des aides à la presse en France, né en 1796 avec l’instauration de tarifs postaux privilégiés, a été progressivement mis en place pour tenter de favoriser un certain pluralisme du paysage médiatique, donnant ses chances aux nouveaux titres et un choix réel aux lecteurs. Face à la crise de la presse quotidienne française, l’État français en 2010 a versé 1,8 milliard d’euros (environ 1.170 milliards de FCFA) pour soutenir les médias français ».

Le fonds que nous proposons, peut être logé à la Direction du développement des médias. L’attribution est annuelle et les dossiers étudiés par un conseil d’administration qui regroupe des professionnels des médias, des représentants des ministères concernés, des représentants de la HAAC et autres.

L’ONG Cocorico a retenu les critères suivants :

– L’existence légale

– La déclaration du personnel

– La régularité

– La qualité

– Le respect du code de déontologie

Par ailleurs des organes peuvent soumettre des projets de développement de leurs activités

C- Téléthon (Notion de la Communauté)

Ce troisième modèle prend appui sur la pratique américaine. Nous mettons en avant ici, la notion de la communauté. Tout média est au service d’une communauté. Dans plusieurs Etats américains, des organes organisent des collectes de ressources. Des citoyens qui contribuent ainsi à la vie des médias. Et pour cause, un lien de crédibilité est tissé entre les populations et les médias. Nous avons été séduits par un degré de confiance. Dans le Nevada, nous avons visité une chaîne câblée directement sur les fréquences radio de la Police. Tous les appels reçus par la police sont suivis directement à la rédaction de cet organe. C’est le symbole vivant d’une complicité souhaitée. Le Bénin peut aller à cette école. Je parie que si une radio comme soleil FM décide d’organiser un téléthon, les personnes généreuses ne manqueront de se manifester. Il en sera de même pour des télévisions comme des journaux papiers. Tout dépend de la qualité de service rendu à la communauté.

Conclusion

En somme, qui vit pleinement et sainement de cette activité au Bénin ? Les journalistes béninois vivent tous au-dessus de leurs moyens. Ceux qui font semblant de tirer leur épingle du jeu, sont contraints de courir toute une vie. Le modèle actuel est mauvais et une réforme s’impose. Barrons la voie à toute idée de relance des contrats avec l’administration. Assez à la clochardisation de la presse béninoise. Les journalistes méritent mieux. C’est notre conviction au sein de l’ONG Cocorico, l’éveil pour un engagement citoyen.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *